L’art Italien au Grand Palais

Dommage, c'est aujourd'hui que se termine la manifestation organisée aux Galeries du Grand Palais à Paris, sur le thème de l'art Italien de 1900 à 1950.
Dans une ambiance inhabituellement calme et fraîche, cette exposition retrace cinquante ans de l'histoire de l'art moderne d'un pays, peut-être plus connu pour ses artistes du Quattrocento.
Influencé par des “écoles artistiques” diverses telles que l'Impressionnisme, le Cubisme, Dada ou l'Art abstrait russe, le futurisme entendait présenter l'espoir de l'avènement d'un monde nouveau. Il concentra sa recherche plastique et théorique sur le rendu du mouvement, propre notamment à l'automobile, symbole de progrès.
Au travers des oeuvres de G. Balla, G. Séverini, C. Carrà, E. Prampolini, F.T. Marinetti, U. Boccion notamment, l'art italien futuriste synthétise et se fait le relais de nouveaux procédés picturaux “en vogue” dans toute l'Europe : la touche divisionniste de Seurat, les collages de Braque et de Picasso, la recherche d'effets optiques de la couleur de Kandinsky et du couple Delaunay, les assemblages Dada d'un Haussmann ou d'un Schwitters…
L'exposition met aussi en avant des démarches plus singulières:
- Le travail de De Chirico est consitué d'assemblages sur la toile d'éléments hétéroclites, placé dans des espaces indéterminés. La contiguïté de ces élements est régie par un art très intellectualisé et un esprit mystique. Se lisent l'oppression, l'absurde, la suspension du temps… La persistance d'une représentation perspectiviste “classique” s'allie à un univers onirique. G. De Chirico représente la figure dominante du surréalisme italien, jusque dans ses compositions allégoriques ou mythologiques;
- Ce mysticisme lié à une quête personnelle et solitaire se retrouve dans le travail de G. Morandi. L'artiste tenait à fabriquer lui-même ses couleurs et élaborait dans la plus grande intimité ses natures mortes à partir d'objets, pris dans son environnement domestique. Les compositions sont douces, rigoureuses, soignées et presque figées pour l'éternité.
La toute dernière salle présentait des travaux très en marge du reste: ceux des artistes L. Fontana, A. Burri et P. Manzoni. Ils représentent la nouvelle tendance de l'art italien d'après 2nde guerre-mondiale, l'exemple d'un art tourné davantage sur les relations du corps et du support plastique, la recherche d'autres matériaux de peinture, l'émergence d'un art où le fortuit tient une grande place… un art qu'on pourrait qualifier de plus agressif.
Entre le futurisme et les démarches avant-gardistes, il y a le “réalisme magique“. Cette période correspond au moment où certains artistes décidèrent de puiser chez des artistes de la Renaissance des factures ou des thèmes à représenter. C'est un retour à un certain primitivisme.
Ce goût pour le primitivisme se retrouve en quelque sorte dans l'influence exercée au-delà des Alpes par le Douanier Rousseau. Certains peintres verront dans l'art Naïf un moyen d'exprimer et de glorifier un quotidien banalisé.
Des toiles d'A. Donghi, F. Casorati, M. Sironi parlent d'une vie paisible, d'un labeur simple… Les figures sont individualisées et représentées comme à l'arrêt, surprises par l'oeil du peintre. Certaines toiles font penser à la Nouvelle Objectivité vue par C. Schad ou O. Dix ou semblent annoncer le Réalisme américain d'E. Hopper.
Regardons ensemble quelques reproductions:
“Dynamisme d'une automobile ” (L. Russolo) Russolo et la trace du mouvement qui s'imprime dans la matière qu'elle soit picturale ou sculptée.
“Le fiacre” (C. Carrà)
Carra et l'exemple d'une vie citadine atemporelle et silencieuse.
“Rythme classique du 14 juillet” (G. Severini)
Severini et la déconstruction de la figure par la touche colorée, entre cubisme, pointillisme et abstraction russe.
“Rotation de ballerine et de perroquets” (F. Depero)
Depero entre la simplification géométrique des figures et le libre jeu des couleurs pures juxtaposées.
“Tête de Musolini” (R. Bertelli)
Un art de la propagande ?
“Maternité “(G. Severini)
Un retour à une peinture “classique”, généreuse, équilibrée… magnifique!
“L'enfant prodige” (C. Carrà)
Carrà rend hommage à l'art naïf du Douanier Rousseau.
“Cirque équestre” (A. Donghi)
Une facture qui n'est pas sans rappeler la Nouvelle Objectivité avec sa touche lissée et ses poses figées, subtilement cyniques.
“Formes-Forces dans l'espace” (E. Prampolini)
Prampolini et ses compositions biomorphiques qui jouent sur le mélange poétique de matériaux et de techniques picturales.
“Nature morte” (G. Morandi)
Morandi et l'écriture plastique de la mélancolie avec pigments naturels et installations rituelles d'objets du quotidien.
“Concept spatial, la fin de Dieu” (L. Fontana)
Fontana et l'art de violenter la surface picturale.
“Achrome” (P. Manzoni)
L'expérience mystique du monochrome italien.
Cette exposition fut très critiquée dans la presse pour le choix des oeuvres présentées, par exemple. Peu voire aucune publicité ne fut faite à son sujet. Faut-il voir un acte politique?
Il demeure qu'elle regroupe des expérimentations plastiques dignes d'être vues, pour leur inventivité, leur originalité et leur foisonnement. Mon article plus long que d'habitude traduit plus mon enthousiasme qu'un désir de retracer l'histoire de l'art Italien moderne que je ne maîtrise pas. Mes analyses mêlent des connaissances et surtout des impressions. Car de telles toiles ne peuvent pas laisser indifférent.
Pour en savoir plus sur cette expo et sur l'art italien moderne, vous pouvez aller voir plusieurs sites. En voici quelques-uns: