Cette angoisse qui lui étreint les reins
Elle a les mains moites. Elle les essuie toutes les trente secondes. Elle les met dans ses poches de pantalon. Elle croise les bras pour cacher le tremblement.
Le tremblement quasi imperceptible pour les autres, insupportable et franchement visible pour elle. Ca doit se voir qu’elle ne se sent pas bien, qu’elle transpire sous son pull. Ellle se sent rougir et ça chauffe dans sa tête.
Dans sa tête, il y a comme un bourdonnement, des flashs, des images curieuses… elle se surprend à regarder à l’intérieur de sa tête, comme si elle pouvait rentrer tout le corps dedans pour voir ce qui s’y passe : c’est le bordel là-dedans! Les émotions se mêlent aux peurs et discutent activement avec les fantasmes et les idées.
Les idées, mais quelles idées? Elle n’en a pondu aucune depuis plusieurs mois! Elle est à la traîne, à la ramasse… elle est in-ca-pa-ble de se re-nou-ve-ler! Pourtant tant de gens ont mis d’espoir en elle. Ils se sont trompés voilà tout, pas besoin d’en faire un fromage, des tas de gens déçoivent et on finit par les oublier!
Oublier, non, elle n’a rien oublié… Elle a tout vérifié, tout est impeccable, clean, net. Elle a tout prévu, elle s’est faite les questions et les réponses… Elle a préparé ses affaires hier, fait trois checks ce matin… Le ménage est fait aussi, tout est à sa place. Il faut que les choses soient à leur place, sinon ça ne marche pas… Non rien ne marchera comme elle l’a décidé, ça ne marche jamais comme on l’a décidé. C’est fou…
Fou de croire qu’on change comme on veut, rien ne change vraiment, on garde ses atavismes malgré tous nos efforts, on reproduit sans cesse les schémas qu’on a vécus même si on s’en rend compte… Analyser, comprendre, réfléchir, penser, se questionner , autant de verbes dont elle connait les accords sur le bout de son coeur.
Son coeur s’emballe, elle étouffe, elle sent des regards inquiets autour d’elle, des regards compatissants ou désolés, le sol se dérobe sous ses pas, son ventre lui fait mal, elle sent une veine gonfler sur son front, ses oreilles bourdonnent, elle sent sa gorge sèche et cherche de l’air, elle fouille dans ses affaires, elle cherche quelque chose, non elle donne simplement le change, elle ne dérapera pas, c’est ce qu’ils attendent tous, que le taureau s’écroule sous les coups du matador, que la fragile silhouette tombe de son fil, ILS ATTENDENT QU’ELLE S’ECROULE, OUI, C’EST CA, ILS VEULENT QU’ELLE S’ECROULE, LA…
Là, c’est là qu’elle a mal, ses doigts se pressent sur son ventre, ses cheveux sont défaits, sa veste pend de manière indigne… Elle a envie de vomir, d’expulser la boule qui a fait son nid dans son estomac, de s’éventrer pour se saisir du corps étranger, pour extirper le parasite qui la vide de toute volonté depuis des années…
Des années, à la supporter comme sa meilleure ennemie et à se soumettre à ses propres lois. S’éventrer pour s’en saisir et la regarder bien en face, cette angoisse qui lui étreint les reins dans une embrassade forcée, cette angoisse qui tient en joug sa spontanéité, qui triomphe dans touts les combats.
Les combats sont définitvement inutiles.
