La Science des Rêves de Michel Gondry

Publié le par yokai

la science des reves1.jpg

Une ville en carton, une mer en céllophane, une forêt dans un bateau, un cheval en feutre et en laine qui galope partout, une machine à remonter le temps d’une seconde dans le passé ou le futur, un homme aux mains géantes, un groupe de chats musiciens, des nuages de cotons qui flottent dans un appartement, un maquettiste obsédé sexuel et un peu beauf mais quand même vachement sympa, une jeune femme indécise et un jeune homme ne sachant plus discerné la réalité de ses rêves, tels sont les ingrédients du nouveau film de Michel Gondry, “La Science des Rêves“.

Suite au décès de son père Stéphane Miroux (interprété par l’acteur mexicain Gael Garcia Bernal vu dans “La mauvaise éducation” de Pedro Almodovar), revient sur Paris à la demande de sa mère pour travailler sur des maquettes de calendrier. Pour échapper à la solitude et à la monotonie de la vie, Stéphane se crée un monde imaginaire au travers de ses rêves. Un jour, il fait connaissance avec sa voisine Stéphanie (interprété par Charlotte Gainsbourg que je ne vous présente plus!) et tombe fou amoureux d’elle. D’abord amusée par son excentricité, la jeune femme va petit-à-petit le repousser, inquiète de la tournure que prend leur relation. A partir de là, Stéphane cherchera à travers ses rêves la solution à son problème.

J’ai été particulièrement heureux de voir ce film, car il reflète vraiment bien tout l’imaginaire que Michel Gondry avait installé dans les clips de Björk (sur les morceaux comme “Human Behaviour“, “Army of me“, “Isobel“, “Bachelorette“, “Hyperballad“) ou de ceux du groupe Oui Oui (sur les morceaux “La Ville“, “Les Cailloux“, “Ma Maison“) contrairement à ses deux précédents films “Human Nature” et “Eternal Sunshine of the Spotless Mind” beaucoup plus proche de l’univers du scénariste Charlie Kaufman. Ce que j’ai aimé dans ce film, c’est toute la poésie liée à l’imaginaire de l’enfance ainsi que les idées et les nombreuses trouvailles de la mise en scène qui parcourt les rêves du personnage. Bien que le personnage soit profondément perturbé et paumé, je trouve que le film véhicule beaucoup d’optimisme et de candeur. Une belle réussite cinématographique au bout du compte.

dvd michel gondry.jpg Si vous vous intéressez à l’univers de Michel Gondry, je vous invite à vous procurer le DVD “Michel Gondry : work of director Michel Gondry (2003)” où vous pourrez voir des clips pour Radiohead, The White Stripes, Killie Minogue, Daft Punk, Beck, Björk, IAM,…

Le site du film “La Science des Rêves

Le site de Michel Gondry

toma bonjour chez vous.jpg

Pas la peine de vous raconter l’histoire du film ou vous faire une cinématographie complète de Mister Gondry. Ma moitié l’a très bien fait pour vous, comme à son habitude - et attention, je ne dis pas ça pour le flatter!

Le scénario est assez original dans la mesure où il exploite à la manière d’un conte pour adulte plusieurs thèmes qui me fascinent : les rêves, les relations humaines qu’elles soient familiales, amoureuses ou professionnelles et le difficile passage à l’âge adulte.

Gondry nous plonge dans les rêves de Stéphane, peuplés de visages connus qu’il côtoie dans sa réalité quotidienne. Si on pense au début à une fantaisie de la part de l’auteur- un prétexte à déchaîner sa verve créatrice de petits mondes complètement barrés, j’y vois davantage en filigrane une manière de figurer une sorte de fuite en avant de son personnage principal, incapable de gérer les situations réelles. C’est une “maladie”, certes mais c’est à mon sens un refuge dans lequel Stéphane règle ses problèmes, réalise ses fantasmes de toute puissance infantile et d’égocentrisme d’artiste original qui ne parvient pas à s’assumer. Cette incapacité à affronter le réel me l’a rendu plutôt désespéré. Si il semble se réaliser dans ses rêves, ses fantasmes le rattrapent dans la vie réelle et celle-ci semble devenir de plus en plus insupportable. Sa demi-conscience complique énormément ses relations avec les autres et notamment Stéphanie, aussi différente que lui et dont il finit par tomber follement amoureux.

C’est pourquoi je trouve ce film plutôt triste, Stéphane me fait l’effet d’un grand enfant qui n’a pas gardé de cette période réconfortante de sa vie toujours les meilleurs souvenirs. Le monde environnant semble lui être très hostile finalement. C’est à mes yeux un personnage en difficulté de vivre que ces névroses rattrappent au point de lui faire gâcher sa vie et passer à côté de l’amour. Il évolue avec des personnes d’une certaine banalité mais dont la présence est nécessaire pour l’aider à surmonter son handicap, comme de digues à sa propre personnalité.

Très curieusement, et bien que le film soit très différent dans sa mise en scène et dans les personnages, je rapproche “La science des rêves”, du film de J.-P. Jeunet “Le fabuleux destin d’Amélie Poulain”. Amélie est une jeune femme qui vit beaucoup dans sa tête et qui élabore des plans pour éviter de souffrir. Côtoyer les autres et notamment un voisin aux os de verre vont lui permettre de sortir d’une certaine torpeur pour gagner l’amour. Stéphane prendra-t-il, lui, le risque de grandir?

Il reste cependant pour moi un film à voir absolument pour sa fraîcheur liée à la fantaisie de ses animations, la prestation de certains acteurs (G.G. Bernal, C. Gainsbourg et A. Chabat en particulier) et tout simplement à l’histoire - une histoire d’amour vraiment pas banale!

C’est ainsi que se conclut cette critique écrite à quatre mains, deux têtes et un seul coeur.

signature emma.jpg

Publicité

Publié dans CINOCHE

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article