“La Traque”, un vrai calvaire

Publié le par yokai

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Apparu dans les années 70, le Survival à toujours était considéré comme un sous-genre du cinéma d’horreur. Pourtant il a donné naissance à de grands films d’horreur qui n’hésitaient pas à montrer la bestialité enfouie au tréfonds de l’âme humaine (revoyez les grands classiques du genre : “The Texas Chainsaw Massacre (1974)” de Tobe Hooper ou “Deliverance (1972)” de John Boorman). Depuis quelques années maintenant le Survival semble inspirer bon nombre de réalisateurs de toutes nationalités : Greg McLean (Australie) avec “Wolf Creek” (2005), Eli Roth (Etats-Unis) avec “Hostel“ (2005), Neil Marshall (G-B) avec “The Descent” (2005) ou encore Alexandre Aja (France) avec “La Colline à des yeux“ (2006).

Les bases scénaristiques du Survival partent souvent du même postulat et c’est à cela qu’on le reconnaît. De manière générale on assiste à l’évolution d’un personnage obligé de se défendre comme il peut ou de subir des évènements qui ne cessent de basculer vers des sommets de barbarie et, où l’humanité fait place à l’instinct primal de l’homme. Le plus souvent ce personnage finit par combattre ses assaillants dans un déferlement de violence plus ou moins perverse ou choisi de se laisser mourir.

En parfaite résonnance avec ce principe est sorti en 2004 “Calvaire“, le premier film du cinéaste belge Fabrice Du Welz (film actuellement disponible en DVD.)

CALVAIRE.jpgL’histoire : Marc Stevens (Laurent Lucas vu dans “Harry, un ami qui vous veut du bien” de Dominik Moll ) est un chanteur itinérant. De village en village, il procure un plaisir simple aux petits vieux des hospices et alimente les fantasmes des vieilles émerveillées par son tour de chant. Puis il reprend la route, vers de nouvelles aventures à la rencontre de son public. Mais il tombe en panne au milieu de nulle part. M. Bartel (Jackie Berroyer vu dans “Le Péril Jeune” de Cédric Klapisch), un aubergiste psychologiquement fragile depuis que son épouse Gloria l’a quitté, le recueille. L’homme semble sympa mais légèrement arriéré et particulièrement intriguant. C’est alors que commence le cauchemar de Marc : M. Bartel voit en lui l’incarnation de son ex-femme et tout le village est persuadé que celle-ci est rentrée au pays.

Calvaire (nm) : Suite d’épreuves douloureuses. ETY Du lat. calvaria,”crâne”, nom du lieu-dit de la crucifixion du Christ.

Jamais un film n’aura aussi bien porté son titre! Ce film est une véritable descente aux enfers pour le personnage déphasé et traumatisé de Laurent Lucas (prodigieux dans son interprétation). Jackie Berroyer est tout simplement méconnaissable dans son rôle, la détresse affective de son personnage suscite beaucoup d’amertume et de pitié. N’oublions pas également la très juste interprétation de Philippe Nahon (”Haute Tension” d’Alexandre Aja), Jo Prestia (”Irreversible” de Gaspard Noé, “36 Quai des Orfèvres” de Olivier Marchal) et Jean-Luc Couchard (”Dikkenek” de Olivier Van Hoofstadt) en paysans dégénérés, brutaux et zoophiles. Une des séquences les plus impressionnantes du film est celle dans laquelle ils se mettent à se tortiller dans une danse frénétique et absurde au son d’un piano désaccordé! Jubilatoire et inquiétant! Avec “Calvaire” Fabrice Du Welz livre un film couillu, sans concession, brutal, crépusculaire et, où le spectateur ne ressort pas indemne (je boue d’impatience de voir le deuxième long-métrage de ce “futur grand du cinéma d’horreur”!). A la vision de ce film, certains reconnaîtront les influences marqués de Fabrice Du Welz : passant des ambiances hitchcockiennes, à la tension dramatique de “Deliverance” jusqu’à la référence au film “La Traque” de Serge Leroy réalisé en 1975.

LA TRAQUE.jpgL’histoire : Helen Wells (Mimsy Farmer vu dans “More” de Barbet Schroeder “un pur trip Pink Floydien!“), une jeune Anglaise venue en Normandie pour y louer un relais de chasse, a le tort de rencontrer sur son chemin des chasseurs qui traquent le sanglier. Il s’agit d’un groupe de sept hommes que la solidarité de chasse lie par-dessus tout. Issus de la bonne bourgeoisie, ils incarnent la France des notables. Albert (Jean-Pierre Marielle) et Paul (Philippe Léotard), les frères Danville, violent la jeune femme sous l’œil désapprobateur de leur timide compagnon Chamond (Michel Robin vu dans “La Chèvre” de Francis Weber, “Les Petites Fugues” de Yves Yersin). Helen parvient à blesser Paul avant de prendre la fuite dans les bois. Pour éviter le scandale Albert se met à la poursuite de la jeune femme afin de lui proposer un mutuel silence. L’attitude suspecte d’Albert et ses explications maladroites alerte ses compagnons. Ainsi ils découvrent la vérité et après s’être concertés se décident eux aussi à étouffer l’affaire au plus vite. Seul Philippe Mansart (Jean-Luc Bideau vu dans “Et la Tendresse?…Bordel!” de Patrick Schulmann) manifeste quelques scrupules, seulement il se fait très vite rappeler à l’ordre par David Sutter (Michel Lonsdale vu dans “Hibernatus“ d‘Edouard Molinaro) mari de sa maîtresse mais sourtout souteneur de son élection au Conseil Général. La tension monte dans le groupe d’ami et la mort de Paul suite à ses blessures finit de condamner le sort de la jeune femme blessée, à bout de force et perdue dans un marais oppressant.

Le phénomène du Survival était un genre assez rare en France dans les années 70 (hormis “La Traque“, je n’ai pas trouvé de film similaire dans le cinéma français de l’époque!). Cependant et malgré un manque de notoriété évident (je ne connais pas beaucoup de gens qui se rappelle de ce réalisateur!) Serge Leroy (1937-1993) était un de ces réalisateurs surdoués, capables de réunir dans un même film les plus grosses pointures de l’époque : Jean-Pierre Marielle, Philippe Léotard, Jean-Luc Bideau, Michel Lonsdale, Michel Constantin,… au service d’un scénario dérangeant, abject et dénonciateur d’une certaine classe sociale! Pas une fois le film ne cède à la facilité, épargnant ainsi au public le sempiternel happy-end!

Suite à ce film, Serge Leroy réalisera en 1982 “Légitime Violence” (un de ses films les plus connus!), polar tragique et violent (sorte de “Justicier dans la ville” à la française) avec Claude Brasseur, Véronique Gennest, Thierry Lhermitte, Valérie Kaprisky et Christophe Lambert.

Alors ami lecteur si tu aimes les sensations fortes, les situations piquantes et que tu es légèrement atteint, les Survivals sont pour toi ! Sur ce, bon film et à bientot pour de nouvelles aventures cinématographiques !!!

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Publié dans CINOCHE

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