Partager l'article ! Etre artiste aujourd'hui... une gageure?: J'ai découvert le GMAC ou Grand marché d'art contemporain, il y a plusieurs années. Je me demand ...

J'ai découvert le GMAC ou Grand marché d'art contemporain, il y
a plusieurs années. Je me demandais à l'époque quel était cet "art contemporain"? Qui le produisait et comment? A quoi pouvait-il bien ressembler ? Y avait-il beaucoup de femmes artistes
et que racontaient-elles?... Des questions que je ramenais à mon goût pour la "chose artistique", qui me poussait depuis longtemps dans les expositions d'arts visuels, dans les galeries,
les salons et les centres culturels.
Je ramenais tout cela surtout à ma situation propre, parce qu'un jour sans que rien ne l'annonce, descendant de mon lit-mezzanine, c'était un jour de pluie, je décidai de devenir "faiseuse d'images". Est-ce que je m'étais renseignée sur le métier? Par franchement. Passionnée, incohérente et vraiment têtue, cette idée s'était logée dans mon coeur et dans mon esprit et tenait à y rester, pire à germer, ce qu'elle fit dans tous les sens comme de la mauvaise herbe. Allait-elle un jour se calmer, s'assagir, ou disparaître? Tout ce qui me guidait était un désir flou et un sentiment d'urgence pour "dire". Oui, mais quoi? Quelqu'un serait-il intéressé par ce que je voulais exprimer? Cela était-il nécessaire? Tiraillée par des pensées paradoxales, je continuais cependant ma route.
Le GMAC, grande manifestation d'Art, exposant plus d'une centaine d'artistes
venus de partout, trois fois par an, allait-il me donner quelques réponses? J'y vins trois fois et remarquai avec surprise l'étonnante vitalité de cette production
"contemporaine", sa diversité, sa valeur marchande, ses formes abstraite et figurative, et notai la surreprésentation de la peinture et de la sculpture. La photographie, l'illustration,
la gravure, et les arts décoratifs me semblaient quasi inexistants. Je pris conscience de l'ampleur de ma tâche et du chemin à parcourir. Comment exister parmi toutes ces voix? L'estampillage
"artiste" me réserverait-il une place dans cette multitude expérimentée, rompue dans l'art de la séduction? J'étais comme une enfant bicéphale aux yeux plus gros que le ventre, perdue
dans un pays peuplé d'ogresses et de géants. Je pris peur, car l'expression plastique m'apparut soudain comme une lutte, contre soi, contre ses propres inhibitions, ses doûtes, mais
aussi contre les autres, pour s'éloigner des modes et des jugements hâtifs ou réducteurs ou, au contraire les encouragements inconsciemment maladroits qui avilisent dans une forme esthétique...
Etais-je prête, armée? Avais-je au fond envie de prendre part à ma manière à cette histoire qui se construit?.. Un peu ambitieux, quand même?...
Là, réside le fond de ma principale interrogation actuelle: quelle est la
situation des jeunes artistes aujourd'hui, par "jeunes" entendez ceux qui arrivent? Comment fait-on pour se lancer? A notre époque où il semble que la culture, un certain type de
culture, soit mésestimée, réduite au silence, voire guetthoisée, quelles sont les ressources de la nouvelle génération d'artistes pour se faire connaître et perdurer?
Un jour, la possibilité me fut offerte d'exposer à mon tour au GMAC, soutenue par mon conjoint qui accepta d'exposer lui aussi pour la toute première fois. Installée du côté des "1ers exposants", je fis la connaissance de plusieurs artistes que mon indéfectible besoin de tout savoir et ma curiosité maladive me conduisirent à interviewer. Habitée par une idée fixe, je voulais donner la voix à des femmes et des hommes qui font l'art d'aujourd'hui, chacun à leur manière, pour du même coup peut-être faire taire la bête grondant dans mon estomac.
Ils sont huit à avoir répondu généreusement à mon appel. J'appris tout d'abord les
raisons qui les avaient tous motivés à venir exposer Place de la Bastille pendant une petite semaine au mois de mai : comme moi, certains sont venus sur les conseils d'amis, de proches ou
encouragés par d'autres atistes qui avaient déjà fait l'expérience de ce marché; quelques-uns venus des années auparavant refont une seconde tentative qui viendra confirmer ou non (peut-être?)
leur talent; d'autres encore constatant qu'il est difficile d'exposer en province seulement, viennent à Paris qu'ils considèrent comme un lieu idéal pour l'échange, la rencontre et
surtout l'ouverture à de nouvelles opportunités qui donneront un souffle supplémentaire à leur travail; enfin d'autres trouvent que le lieu s'y prête bien, que c'est un bon
compromis, une façon plus libre et moins aléatoire que de commencer dans une galerie souvent chère et pas toujours professionnelle, qu'exposer parmi d'autres est une bonne
occasion de se resituer et parce que ça fait du bien de vendre son travail, tout simplement.
Alors à cette "principale interrogation", Lydi, Marion de la Fontaine, Jocelyne Chauveau, Chantal Enjolras-Estrade, Rosine/Claude Damian, Frédérique Maire, Vincent Demangeon, et Yanbo, en puisant dans leur propre expérience, m'ont livré librement leurs réflexions, leurs idées et leurs impressions...
Lydi, peintre.
Lydi observe le quotidien avec un regard amusé et saisit les petits détails qui la font sourire.
Elle en sort des séries colorées dans lesquelles se glissent de petits clichés sur des souvenirs d'enfance et son goût très prononcé pour la bande dessinée et qu'elle va ensuite décliner avec
fantaisie sur différents supports.
L: "C'est très contreversé. D'un côté devenir artiste, c'est avoir une grande liberté, tant qu'on n' est pas rentré dans un créneau dicté par une mode, car l'art est géré par des modes comme tout dans notre société. De l'autre, il faut se faire connaître. Je pense qu'il faut garder son intégrité et se faire connaître en restant dans sa voie, tout simplement."
E: ..."Sans compromis, arrangements désagréables pour
soi...?"
L: "Oui, et sans augmenter ou doubler les prix comme il m'a été dit, parce que, soi-disant, les gens n'avaient pas l'impression d'acheter quelques chose de valeur, alors qu'à mon sens chacun met la valeur qu'il veut bien dans un coup de coeur."
Pour découvrir l'univers de Lydi/ Lydie FOLIO et/ou la contacter, cliquez sur:
*
Marion DE LA FONTAINE, sculpteur.
Marion a commencé la sculpture il y a quatre/cinq ans. La terre est son matériau de prédilection, car elle le trouve très intuitif. Elle a progressivement commencé à l'intégrer à d'autres
matériaux, comme le bois flotté ou la canette. Elle explique ainsi sa démarche : "partant du bois flotté par exemple, je le regarde, le tourne et c'est à partir du mouvement de ce bois que je
vais continuer ma sculpture. En fait, c'est une contrainte créative qui me permet à chaque fois d'aller plus loin
et donc démarrer sur une chose. Et là, je me régale!"
M:"Si je me pose cette question? Oui, tous les jours (Rires.) Oui, enfin pas aussi franchement que tu me la poses... Je n'ai pas toujours eu ce statut. J'ai été salariée pendant quinze ans dans des agences de com' puisque je suis graphiste et donc, je vois bien la situation aujourd'hui: tous les artistes que je rencontre sont presque tous en porte-à-faux. Dans ma région, il y a en a un grand nombre qui a quand même un travail, à mi-temps et qui essaie de concilier les deux parce que pour vivre uniquement de son art - moi, c'est ce que j'aimerais, mais je n'y arrive pas encore même si ça progresse - ce n'est pas évident. C'est pourquoi je pense qu'on est dans une situation pas facile du tout. C'est vrai que les gens sont contents des manifestations artistiques auxquelles nous participons, c'est néanmoins difficile de vendre parce que ce n'est pas forcément la priorité. Par contre aux expositions, il y a du monde et ça nous fait plaisir! La situation est vraiment...compliquée. Après, les questions qui peuvent torturer certains artistes, je ne me les pose pas. Je travaille à l'instinct, je ne conceptualise pas. Après ce qu'il faut pour se faire connaître, c'est le réseau, se serrer les coudes entre artistes car l'extérieur n'est pas facile. Les municipalités ont en effet de moins en moins d'argent pour ce qui est considéré comme « superflu .» La solidarité entre les artistes reste la seule manière d'avancer, car c'est à notre portée. On ne maîtrise pas les budgets, mais ce n'est pas pour cela qu'il faut laisser tomber... Je me concentre donc sur quoi je peux agir. Je suis pragmatique et chaque fois que j'expose, je n'ai pas d'idées préconçues, car chaque exposition m'amène à autre chose, qui m' amène à autre chose... Comme dans ma création, je rencontre un matériau qui va m'amener quelque part..."
Pour découvrir son univers et/ou la contacter, cliquez sur:
*
Jocelyne CHAUVEAU, aquarelliste et historienne de l'art.
Jocelyne peint à l'aquarelle depuis une
vingtaine d'années, faisant des stages auprès d'artistes de renom comme Roland Palmaerts et suivant avec une grande rigueur des cours de modèle vivant en atelier. Egalement, elle expérimente des
sujets plus abstraits à l'encre et admire le travail des artistes chinois. Si son univers s'inspire beaucoup de la nature, elle reste ouverte à d'autres
sujets.
J: "Je ne travaille pas en "professionnelle", j'ai d'autres activités pour assurer mes revenus. Et pour ma part, je n'ai pas cherché à vendre trop vite. Je pense qu'il ne faut pas faire les choses trop tôt, mettre la charrue avant les boeufs. Je dis cela car je suis restée à macérer dans mon coin une bonne dizaine d'années avant de montrer mon travail parce que je voulais être sûre de ce que je montrais. C'est mon parcours et ce parcours me fait dire peut-être que certains artistes commencent trop tôt à exposer ou qu'ils devraient se montrer plus, au contraire. Les situations sont très inégales, parfois injustes. Etre individualiste est le propre des artistes, l'artiste ne sait pas faire avec les autres. Il est difficile par conséquent de faire un collectif d'artistes, chacun tire de son côté et ça marche rarement. On le voit au niveau du journal que l'on fait, avec tous les gens qu'on rencontre qui se heurtent à la même chose. Dans ce journal, nous parlons des gens qui n'ont pas de visibilité ou pas encore, ou presque pas. On essaie de leur en donner un peu à travers ce journal... Alors que faut-il faire? Je crois, qu'en cela le GMAC est un bon moyen, grâce à cet espace "1er exposants", de se montrer, tout simplement. C'est une invit' qui nous ai faite. Monsieur Garcia est un gros commerçant, on ne le devine pas philanthrope derrière tout ça, mais après tout, il nous offre un moyen non négligeable de nous montrer. Quant à savoir si j'exposerai l'année prochaine dans un espace plus cher, je ne sais pas, j'aurais peut-être une réponse en fin de soirée avec les ventes que j'aurai faites ou peut-être attendrai-je un ou deux ans pour risquer d'aller chez les grands, les pros..."
Pour découvrir son univers et/ou la contacter, cliquez sur:
*
Chantal ENJOLRAS-ESTRADE, peintre.
Autodida
cte, Chantal peint depuis sept-huit ans et
depuis deux ans à temps plein des tableaux chargés de matiè r es vibrantes, colorées et charnelles, sur grand format le plus souvent, dans lesquels elle place selon son désir ou sa "nécessité intérieure" un élément végétal ou des figures humaines.
C: "Je pense que la vie de l'artiste se partage en deux: la création pure durant laquelle l'artiste reste relativement libre de ce qu'il fait et ensuite, la partie plus commerciale et médiatique et là, c'est une vraie galère! A Paris, peut-être y a-t-il plus d'opportunités, mais dans les régions, c'est un désert phénoménal: les municipalités n'ont plus aucun crédit pour promouvoir l'art. La mentalité des gens n'est pas assez ouverte à recevoir du nouveau parce qu'ils ne voient pas assez de choses ou qu'ils en voient trop, trop des choses de moyenne qualité et de grande diffusion. Un exemple, ils voient des articles dans les catalogues de certaines enseignes spécialisées dans la décoration et l'aménagement de la maison et dans les allées des salons, des marchés, c'est ce qu'ils recherchent. Ils recherchent le tableau gris sur gris comme celui vu au-dessus du canapé chez I... et ils ne le trouvent pas. Et puis, je pense qu'ils recherchent surtout de la déco. Réalité qui parfois me fait pleurer.. parce que s'il y a des messages dans mes tableaux, ça les fait fuir..
Pour la contacter, cliquez sur:
*
Rosine /Claude DAMIAN, peintre "naïve" et romancière.
Ecriv ain avant tout, la peinture est pour Rosine une sorte de violon d'Ingres. Dans une société
dans laque lle elle considère qu'il y a plus d'écrivains que de lecteurs malheureusement, elle a choisi de faire de la peinture pour son immédiateté."
On aime ou on n' aime pas un tableau quand on le voit, tandis qu'un livre il faut, avant de
pouvoir le lire, faire l'effort de l'acheter, et ce n'est pas une démarche courante aujourd'hui"
- précise-t-elle...
R: "L'art, comme l'a dit, Baudelaire est inutile par définition". Dans une société où il devient difficile de subsister, il est certain que l'art apparait de plus en plus comme un luxe réservé à une poignée de privilégiés ou de gens fortunés. Donc, que peut faire l'artiste dans un tel contexte, alors que je vois une multiplicité d'artistes qui cherchent à s'exprimer par l'art? Et donc vivre de cela, d'en faire son seul moyen de subsistance est d'après moi un peu illusoire. Certains y arrivent, tant mieux pour eux, ils en vivent plus ou moins bien d'ailleurs à mon avis. Si ces artistes estiment qu'ils ont soit du talent, soit du génie et qu'ils veulent miser là-dessus, c'est leur choix, mais moi, je trouve cela à la fois difficile et oui, illusoire... Il faut avoir une autre profession à côté pour assurer les lendemains, parce que sinon que va-t-on avoir au bout du compte? Rien, et je ne parle pas de la retraite! C'est facile de se prendre pour le génie du XXIème siècle, le génie incompris. Tu vois ,moi par exemple, j'écris depuis l'âge de 10 ans et j'ai préféré avoir une profession - j'ai été professeur de Lettres - parce que sinon, je serais à la « soupe populaire » et naturellement pour les tableaux, c'est pareil. J'admire cependant ceux qui veulent en vivre et qui croient en eux, mais je me dis qu' ils se préparent à des lendemains qui déchantent et à une situation extrêmement précaire.
Pour découvrir les peintures de Rosine/Claude DAMIAN et/ou la contacter, allez sur :
*
Frédérique MAIRE, sculpteur et professeur d'art
Frédérique utilise la terre crue pour sculpter des baigneuses, de jeunes danseuses... Chaque
oeuvre demande environ quatre mois de travail, entre le moulage, le séchage, la cuisson et la patine.
F: "S'il y a des artistes "en colère", moi je ne le suis pas car des portes se sont ouvertes. Alors, pas forcément à la hauteur de ce que tout le monde aimerait, mais moi, ça me suffit pour l'instant. Ca fait trois ans que je sculpte, j'ai la chance de donner des cours et après avoir démarché une petite dizaine de galeries, j'en ai deux qui m'exposent aujourd'hui. J'estime que c'est bien... Le Marché de l'art a connu des années catastrophiques; les gens sont très certainement tout autant intéressés qu'avant mais achètent moins, ce qui a effectivement un impact sur nous, artistes. En ce qui me concerne, je n'ai pas pour l'instant une production énorme mais j'arrive à en vendre un petit peu. Je n'ai donc pas d'ambitions énormes. Je suis en Bretagne et mon but est d'avoir des galeries à Paris qui seraient intéressées par mon travail, pour pouvoir toucher une autre catégorie de gens. Aussi, je n'ai pas trop à me plaindre."
Pour découvrir son univers et/ou la contacter, cliquez sur:
*
Vincent DEMANGEON, aquarelliste.
Vincent fait de l'aquarelle sérieusement depuis peu de temps, depuis que le temps
le lui permet et de façon professionnelle. Il dit en avoir toujours fait et avoir ça dans le sang, car il a baigné dans la peinture et le dessin durant toute sa jeunesse. Il peint à loisir
des paysages devant lesquels il se ressource.
V:"Je dirais que ce n'est pas évident dans un monde comme celui d'aujourd'hui qui est un monde en crise..."
E: "Quand je t'ai posée cette question, je pensais par exemple aux artistes qui sont obligés d'avoir une autre source de revenus, à ceux qui démarchent les galeries... Mais peut-être que c'est une question que tu ne te poses pas?"
V: "Oui, effectivement car j'ai un revenu et que faire de l'aquarelle me permet de me sortir de moi-même et de m'épanouir. Vendre ou exposer n'est pas forcément vital. Je pense néanmoins que c'est dommage de faire des choses et de ne pas les montrer. Après si ça plait et que je vends, c'est un bon retour. CA me donne envie d'aller plus loin."
E:"Est-ce qu'on peut dire que pour toi la peinture est venue très tranquillement justement parce que tu as baigné dedans tout ta vie?"
V:"Oui, je me rappelle que pendant les vacances, étant enfant, je faisais de la peinture, de la gouache et aussi un peu d'huile, mais sans bases solides. Depuis quatre ans par contre, je prends des cours qui m'ont permis de dévoiler un peu plus ce que je savais faire. Et si j'expose au GMAC, c'est au départ grâce à mon frère qui a exposé l'année dernière et qui m'a dit: "Mais si, si. Viens exposer, ça va marcher!"
Pour le contacter, cliquez sur:
*
Yanbo, illustrateur et dessinateur BD.
Illustrateur, Yanbo fait également de la bande dessinée et peint
volontiers de temps en temps. Surtout, il travaille dans un collectif créé avec ses amis, car pour lui, être ensemble est une force pour créer et avancer.
Y: "Je pense qu'il faut être quand même motivé, il n'y a pas de place pour tout le monde, et dans tous les cas il faut produire pas mal, persévérer, peut-être être un peu original, et avoir pas mal d'idées. L'infographie a sans doûte pris le pas sur le "graphique à la main". Du coup, on peut avoir du travail dans des choses décoratives ou dans l'artisanat, mais l'illustrateur doit avant tout avoir des contacts, faire des pochettes, des affiches... Je pense qu'il faut être visible. Seulement, le Ministère de la Culture ne soutient pas les Arts visuels autant que d'autres arts tels que la Danse par exemple. De plus, beaucoup de gens pensent que la France est passéiste: on a un beau passé, on expose des choses du passé, les morts surtout et les vivants doivent..."
E:"... attendre être morts pour être exposés...?
Y: "Oui (rires)..Presque partout en Europe ça s'ouvre. En France, les choses semblent un peu bloquées. Maintenant, mon objectif est de rencontrer d'autres artistes qui sont un peu dans mon univers et d'arriver à vivre de ce que je fais. Pourquoi ne pas avoir une collection de bouquins un de ces jours et si c'est possible, monter une maison d'éditions..."
E: "Cela sous-entend-t-il que finalement comme les jeunes artistes ne sont pas forcément soutenus, ils ont besoin d'avoir différentes casquettes..?"
Y:" Oui, et surtout il faut recréer une « nouvelle génération ». Nous avons, nous la nouvelle génération, plein de choses à faire et fonctionner entre nous plutôt que de travailler dans de vieilles institutions pour créer du neuf, est la meilleure option, il me semble."
Pour contacter Yanbo, allez sur :
Chaque artiste présente donc ici un fragment de son parcours qui ne ressemble à aucun autre. Face au temps qui amène des questionnements divers comme celui du "souffle" ou du moteur, que certains nommeraient aussi courage ou force dans laquelle puiser pour continuer à chercher, à se renouveler et vendre son art, comme gèrent-ils ce quotidien? Et, face à l'idée d' "arrêter un jour", ils ont aussi un point de vue particulier:
Lydi travaille par série avec un élément déclencheur dans sa vie. Elle a besoin de peindre, c'est évident, c'est sa bouffée d'oxygène, "son petit oiseau", précise-t-elle. Il y a des périodes pendant lesquelles elle ne crée rien et qui la font un peu doûter. Et puis, ça revient comme une rencontre et elle repart sur une autre aventure. Pour le moment, elle ne voit donc pas d'essoufflement car elle n'est pas dans une continuité. Elle concilie son art avec sa vie de famille et son travail, qui sont tous trois très importants et interdépendants. Elle se partage entre tout et essaie de faire en sorte que tout se concilie bien. C'est ce qui lui permet justement d'avoir cette "énergie".
Marion vit beaucoup dans le moment présent. Elle avoue avoir eu parfois des doutes comme il y a un an où elle était prête à rechercher un travail de graphiste parce qu'elle se disait :" je ne vais jamais y arriver." Elle sait pourtant que ça avance car elle le voit et donc pour elle, tout repart mais peut-être que demain le doute la rependra.
Ouverte à tout, Jocelyne n'a d'échéance pour rien. Elle peint parce qu' "elle pense avoir des choses à faire dans la peinture". Et, parce qu'après un long temps d'inhibition qu'elle explique par son métier qui l'a longtemps poussée à "admirer" les chefs- d'oeuvre des autres, elle a su se réapproprier ses pinceaux et une partie d'elle-même.
Jusqu'au - boutiste et passionnée, Chantal ne voit que "la mort" pour arrêter ce qu'elle fait:" la mort car "ce que je fais est mon moteur, mon essence à l'heure où elle devient rare, c'est mon énergie."
Pour sa part, Rosine pour qui la peinture est une sorte de supplément d'âme, fera de la peinture tant que ça lui plaira. "Pragmatique et réaliste", elle sait que par les temps qui courent, il faut avoir un autre moyen de subsistance.
Frédérique dont l'activité artistique est assez récente, n'est pas trop exigeante. Elle s'est cependant fixée une prochaine étape dans son travail: avoir une galerie permanente dans Paris qui lui me permettrait de travailler en sachant qu'elle a un débouché. Mais "ce serait aussi un moyen d' avoir un retour des gens et de temps en temps faire des expos pour avoir le sentiment des visiteurs." Elle trouve en effet dommage que les gens ne s'expriment que quand c'est positif et qu' ils gardent pour eux le négatif, situation courante mais qui la laisse sur une insatisfaction, car : "on progresse aussi avec des critiques négatives".
De son côté, Vincent a tout le temps aujourd'hui pour se consacrer à l'aquarelle dans laquelle il souhaite évoluer. Il trouve dans ses paysages un ressourcement et dit à ce propos: " quand on se pose devant un paysage et qu'on peint, psychologiquement c'est extraordinaire!" C'est ce qui le motive à continuer quoiqu'il arrive, qu'il vende ou non. "Ca sera dans les cartons. Ne pas vendre n'est pas dramatique, juste décevant", ajoute-t-il. Pour autant, il essaiera toujours de montrer ce qu'il fait, c'est aussi un but. On va toujours dans le même sens mais pas à reculons, on avance, malgré tout.
Enfin, Yanbo continue et continuera de dessiner pour l'amour de l'art : faire de belles choses est ce qui le motive d'abord, avant de penser à l'argent. Il voudrait faire mieux que les grosses productions animées telles qu'"Akira" et les premiers dessinateurs de BD, si c'est possible. L'animation l'intéresse, il rêve de créer de "nouveaux héros car il en manque aujourd'hui, des héros comme ceux avec lesquels il a grandi tels qu'Astroboy, avec des univers propres comme celui des Simson, des héros auxquels les enfants et d'autres ensuite pourront à leur tour s'identifier et qui leur donneront envie de continuer". Il le fera s'il en a le talent, oui et le temps. Son idéal reste la série, faire quelque chose avec un fonctionnement particulier comme aux Etats unis et le Comics: ils s' organisent différemment pour avancer plus vite et arrivent à sortir beaucoup de choses. "C'est pour cela qu'on s'est mis en collectif avec mes amis, c'est une force d'être ensemble", conclue-t-il.
Quelles réflexions tirer de tout cela? Faut-il réfléchir davantage? Sans
doûte... je pense cependant qu'ici sont exposés suffisamment d'éléments pour formuler quelques réponses: l'art est une chose parfaitement inutile, donc paradoxalement absolument
indispensable, justement dans une société régie par des facteurs ou des contraintes extérieurs aux gens qui les influencent, les endorment, pire les étouffent. L'oeuvre d'art est cette
chose intérieure, parfaitement "inutile "qui permet de se sentir vivant, de reprendre un peu le contrôle de soi, de se ressourcer car elle nous met face à nous-mêmes, face à nos propres
contradictions, nos inquétudes ou nos joies, face à la vie qu'elle met en exergue et au spectacle de la beauté, d'un paysage ou d'une rencontre par exemple. L'art métamorphose
le quotidien et celui qui s'y adonne. L'oeuvre d'art a sa propre valeur, singulière, en dehors des mouvements du marché des collectionneurs et des amateurs d'art: la valeur de
"coeur" de l'artiste qui se livre, du temps qui la construit et qui permet la maîtrise des moyens qu'elle exige. L'artiste n'est pas un oisif, s'il a besoin de liberté, de se libérer
des contingences d'une vie "matérielle", c'est pour mieux être en prise avec le quotidien qu' il dissèque à sa manière, et pour être là en esprit et les mains toujours à l'affût, au moment
où jaillit l'étincelle, l'inspiration sauvage et désordonnée qu'il prendra le temps de théâtraliser et de lui donner la forme d'expression la plus pure et la plus apppropriée. L'artiste,
qu'il soit figuratif ou abstrait, qu'il soit dans l'univers plan ou dans l'espace, qu'il soit trucculent ou mélancolique, expose ses tripes généreuses ou pas, comme on veut du moment que cette
exposition reste irréductible à chaque artiste, et tant pis si elle effraie, si on ne comprend pas, ou si elle déroute, tant mieux si elle séduit.... Vient alors le moment où il
faut "rentrer un peu dans ses frais" ou plus
modestement en vivre, la balance n'est jamais
vraiment en équilibre. Que faut-il faire, quelle est la meilleure solution, le consensus le plus honnête, le plus confortable? Chaque réponse demeure singulière. Conscient de ne pas
connaitre toutes les règles du jeu, l'artiste tente néanmoins de les appréhender pour exister, et de s'organiser pour mieux en tirer parti. Pour ce faire, l'association ou le collectif, la
communication via la presse "alternative", les rencontres artistiques par le biais de salons ou de marchés, permettraient à l'artiste de rester connecté, de s'intégrer à une sphère dont il tirera
une force supplémentaire. Car, si c'est un métier où le talent et le travail sont nécessaires, la force, elle, est vitale...
°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°