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  • HeiKi MaUZe
  • HEMATOME
  • Homme
  • 22/01/1975
  • curieux artiste

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Mardi 29 septembre 2009 2 29 /09 /Sep /2009 00:00

 L'amour? Rien à faire!…

L'amour était pour elle une chose d'un autre monde ; elle ne comprenait pas qu'on cherche tant à le trouver. Elle estimait être plus heureuse sans  amour ni tendresse. Cette idée s'était installée sournoisement dans sa tête depuis que son voisin de pallier, avec qui elle avait essayé de nouer un contact verbal, puis tactile, avait tenté de l'étrangler avec la ceinture de sa robe de chambre jaune poussin.

Dans quelques jours, c'était la Saint-Valentin; elle voyait déjà  les amoureux aux sourires béats, les yeux larmoyants occupés à se lécher la glotte aux terrasses chauffées de ses cafés préférés. Elle pensa à sa voisine qui aimait tout particulièrement la veille  qu'on entende l'amour qu'elle ressentait pour ses amis de passage. Comment passer cette énième fête sans déprimer? Elle devait se rendre à l'évidence: elle était seule. Elle songea à acheter un petit animal de compagnie qui supporterait ses monologues idiots sans se plaindre.  L'affaire ne fut pas simple, les poils d'animaux la démangeaient, les plumes lui donnaient envie de pleurer.  Le vendeur de l'animalerie lui conseilla un reptile ou un batracien. Elle se demandait si adopter une bête à sang froid réussirait à geler enfin ses espoirs de romances. Elle revint chez elle avec une minuscule tortue. Elles s'entreregardèrent sans qu'aucune magie n'opéra. Posée sur une feuille de salade dont elle machouillait mollement un bout, la tortue lilliputienne baptisée Lilas avait  déjà l'air fatiguée de son existence. La cohabitation s'annonçait des plus intéressantes.

La Saint-Valentin passa donc dans son coeur comme les années précédentes, morne, déprimante et moqueuse. En regardant sa tortue avancer péniblement dans son vivarium,  les yeux humides, elle trouvait que la vie avait un sens de l'humour difficile à cerner. Elle se prépara des Pop corn salés, s'assit dans son grand fauteuil et se mit à réfléchir.

Il y avait eu d'abord  Fernand. Elle avait 18 ans à l'époque, c'était le premier flirt auquel sa mère consentit. Fernand avait la seule qualité d'exercer comme feux son mari le métier passionnant d'aide-bibliothécaire. D'un physique agréable, le jeune homme touchait par sa spontanéité et sa candeur. Elle apprit ainsi qu'elle n'était pas mal pour un boudin et qu'en soignant sa personne, elle réussirait à être potable dans une vingtaine d' années. L'idylle dura deux jours, c'était un début.

Il y eut ensuite René, le musicien incompris. Ils s'étaient rencontrés au conservatoire municipal durant la fête de fin d'année de juin, sur un banc. Il faisait chaud, elle était sortie prendre l'air après le dernier concert. Elle lui avait demandé si elle pouvait partager le banc sur lequel il était assis et la conversation avait démarré ainsi…. Il la fit rêver en lui parlant de ses espoirs de musicien; elle le séduisit en lui récitant un de ses textes en prose. Le problème de René, car il y en avait un, et de taille, c'était son caractère. René s'irritant de tout, était sans cesse de mauvaise humeur; une fois c'était de la faute de son concierge qui l'empêchait de développer sa créativité musicale la nuit, une autre fois c'était la faute de ses parents qui ne l'avaient jamais soutenu que financièrement ce qui était une honte pour un artiste maudit tel que lui, une autre fois encore c'était de la faute de l'électricien, du boulanger, du conducteur de métro…. Le monde lui en voulait et c'était pour cela qu'il  échouait dans ses tentatives de devenir un artiste de jazz reconnu et envié… très envié. Elle l'encouragea du mieux qu'elle put jusqu'au jour où, lui apprenant qu'un de ses textes seraient bientôt publiés,  elle reçut en pleine figure sa guitare et ses partitions. Elle ne sut jamais pourquoi. Ah, ces artistes! Depuis, et on la comprend, elle détestait le jazz. 

Il y eut aussi Rodrigue, tellement jaloux qu'elle ne pouvait pas aller aux toilettes des pubs non accompagnée; le beau Marcel passionné de pétanque qui l'emmenait partout avec lui et finissait par l'oublier dans un coin; Gaspard le sculpteur qui, fasciné par ses formes généreuses, ne voulait la voir que nue et allongée les jambes écartées sur un divan tendu de soie rouge; Pierre-Yves qui la dragua  par SMS interposés pendant huit mois et joua à l'homme invisible le jour de leur premier rendez-vous en chair et en os; ou  encore Etienne, collectionneur de boîte d'allumettes et de conquêtes; Philippe, coiffeur et bi-sexuel tous les deux mois; Benoît, un employé de bureau de 10 ans son aîné qui l'aimait comme sa mère et enfin Thierry qui insistait pour qu'elle porte des bas résilles verts et des escarpins violets à tous leurs rendez-vous. Sans oublier, Félix son voisin….

A bientôt trente-et-un ans, elle accumulait les expériences amoureuses, les crises de larmes et les remises en question complètement vaines…

A suivre…

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Mardi 29 septembre 2009 2 29 /09 /Sep /2009 00:00

 Sur un seul pied

Des pieds, des pieds chaussés d'escarpins à talons fins, d'échasses en paille tressée, des pieds vernis, impatients qui tapent sur le bitume sans savoir, des jambes galbées dans des bas  surfins, des jambes hirsutes et des pieds pointus et des sandales bon marché, des jambes trop longues, des pattes courtaudes et arquées, mais deux pieds, deux pieds qui marchent, une deux! une, deux! l'un après l'autre, pas comme à la fanfare, pas comme dans une marche militaire, non, mais deux pieds qui partent au travail, deux pieds qui s'arrêtent devant une vitrine croisant deux autres pieds qui courent, deux pieds qui s'offrent le luxe de réfléchir au beau milieu de la chaussée ignorant les conducteurs surexcités…! Voilà ce qu'elle voyait, elle qui claudiquait sur ses béquilles blanches et violettes, en métal et en plastique, raides et droites comme des  i mais tombant sans cesse, sans appui, elle avec  sa tronche d'enfant puni, sur un corps d'estropié.

Des pieds, des pieds, des pieds…. Elle ne voyait plus que cela depuis qu'elle pouvait enfin sortir de chez elle. Sortir, on le lui avait conseillé bien plus tôt. Mais son appartement qu'elle détestait avant et qui ne servait que de dortoir quand elle travaillait, était devenu une sorte de carapace de tortue, une maison  “en dur ” pour protéger la larve qu'elle était en train de devenir physiquement et émotionnellement. La perte de l'usage d'une de ses jambes était certes temporaire mais c'était comme si on lui avait refusé la vie. Son existence basée sur des certitudes et des principes lui parut fragile comme du verre.

L'été était magnifique. Elle regardait passer sous sa fenêtre les citadins jaunes, bleus turquoises, rose pâle…. Elle entendait les rires asséchés par la chaleur,  pouvait sentir les aisselles moites et les doigts bouffis par les 29°C qui faisaient frissonner l'air. Au début, dans les premiers jours de sa convalescence, elle voulut lutter contre une déprime qui déjà pointait son nez à l'hôpital, dans sa chambre mal décorée, ses chiottes puant l'humidité et son miroir beaucoup trop grand. Elle ouvrait donc sa fenêtre chaque matin à la même heure pour faire entrer le vent du matin, frais et tonique. Mais alors qu'elle prenait conscience de son handicap, elle se refusait peu à peu à l'ouvrir, ou oubliait de le faire; quand elle y pensait, il faisait déjà trop chaud dehors, ouvrir ne servirait qu'à l'étouffer davantage.

Elle se referma sur elle comme elle referma son agenda blindé de rendez-vous sur lesquels elle fit une croix dans sa tête. Qu'allait-elle faire de tout ce temps, seule assise sur son cul? Elle occupa alors ses grandes mains à diverses choses, créatives ou non, regarda maintes et maintes  fois des films où se montraient des chairs sanglantes et suitantes, où des femmes en cheveux longs et bouches mal fardées s'enfuyaient à toutes jambes poursuivies par des monstres sexués, où des hommes perdant leur virilité piaillaient comme des vierges agonisantes, toutes ces images fictionnelles atroces qui calmeraient peut-être le monstre bien réel qu'elle portait en elle depuis son accident.

Elle avait réfléchi aux circonstances de son accident, un accident bête comme tous les accidents. Son chirurgien lui avait donné une liste de causes probables, suites de circonstances qui à force se rassemblent en une sorte de noeuds et finissent par s'accrocher n'importe où et claquer, claquer puis déchirer comme ses tendons. Un terrain en pente surexposée, les enfants,  un ballon jaune à rattraper au vol, le bruit curieux comme une balle de tennis qui rebondit, un pincement dans le bas du pied qui remonte  jusqu'au mollet , de la glace  bleue pour tromper la douleur, puis tenter de se relever et là, faire l'expérience inexprimable du vertige sur un seul pied…

Coincée dans son plâtre, la jambe respirait mal, coincée, tordue tel un bâton de réglisse; la peau pleurait à l'intérieur sans pouvoir sécher ses larmes, les muscles fondaient comme réchauffés dans une marmite, le genou au dessus ressemblait à un oeil de cyclope, démesuré et grotesque, noir et poilu. Les bras furent sollicités tant et tant que jaillirent aux coudes deux bosses énormes qu'elle s'attendait à voir exploser, tant elles étaient sombres et gonflées. Souvent assise sur les fesses, elle imaginait son corps privé de derrière, avec un dos collé directement à deux jambes grossières comme sur un dessin d'enfant, une sorte de Madame Patate.

Les nuits, qu'elle passait penchée par devant étaient agitées. Le pied gonflait, le pied qui ne comprenait rien, s'entêtait à bouger, le pied privé de sa respiration naturelle piquait des colères qu'elle ressentait dans tout son corps. Son corps  soudain réveillé s'énervait et voulait crier, fendre le plâtre et bouger, fendre le plâtre et se lever, fendre le plâtre et marcher, fendre sa tête et crever.

La patience et ses trois larbines, la résignation, la volonté et la foi débarquèrent un jour sans être invitées. Il fallut écouter leurs incessantes jacasseries, de toute façon, elle ne pouvait pas bouger, ni les foutre à la porte! Elle se résigna ainsi à attendre, en chassant de ses nuits et de ses jours les images terribles dans lesquelles on l'amputait de toute sa jambe, où elle marchait  avec une jambe de bois, penchée comme un navire qui prend l'eau, où on lui greffait une fausse jambe montée sur roulettes…

Le temps passa, un matin, elle remarqua que sortaient de sa jambe de poulet des morceaux de peau, délicats et translucides. Sa jambe partait en morceaux clairs qui se renouvelaient sans cesse… Il en sortait tant…! Comment tout enlever? Avec la pulpe de ses doigts et ses ongles courts, elle grattait la seconde peau qui ne cessait de réaparaître, plus étendue et plus collante. Alors, enlever les petites peaux claires devint une obsession.

Sa jambe préparait sa métamorphose à l'intérieur de son cocon en résine bleue.

Des pieds agiles, des pieds qui sautaient, des pieds voutés mais ensemble sur le même chemin.. pas des pieds aux doigts recroquevillés, ni de plante de pied sèche comme le désert, ni une cheville raide  comme du bois de chêne! Non ! Ce sont deux pieds debout, droits et souples qu'elle attendait.

Elle les attendait, avec toute sa volonté, un peu de patience… pour la foi, il faudra repasser!

A suivre…

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Samedi 5 septembre 2009 6 05 /09 /Sep /2009 00:00

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Quand je n'écris pas, je peins, je dessine, je colle, je couds…

Lasse de marcher sur des monticules de tableaux et d'objets bizarres de toutes sortes,

j'ai décidé une nuit où la lune était ronde et bien bleue de montrer une sélection de ce bazar organisé.

Ainsi, je vous invite à venir voir mon travail autour des animaux, des hommes (avec des femmes),

une exposition très colorée de tableaux de petits formats et de sculptures.

 

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Vernissage le vendredi 25 septembre de 16h à 17h30

OFFICE DU TOURISME DE SAINT-OUEN

30, avenue Gabriel Péri , 93400 Saint-Ouen - Tél.: 01 40 11 77 36

Du lundi au jeudi de 10h30 à 13h et de 14h à 18h

le vendredi de 13h à 18h et le samedi de 10h à 12h30

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Pour venir à St-Ouen

Métro: ligne 13 dir. Saint-Denis  arrêt: Mairie de Saint-Ouen

Bus : lignes 85 Terminus de la ligne, ligne 137 , ligne 166  et ligne 173 arrêt Mairie de St-Ouen - Hôtel de ville

Retrouvez d'autres infos sur:

Site de la ville de St-Ouen

Site des offices du tourisme 

 

A bientôt.

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Jeudi 30 juillet 2009 4 30 /07 /Juil /2009 00:00

 

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Il faut qu'on vous arrache un membre que l'habitude a rendu anodin et évident

pour sentir toute la fragilité du reste de votre corps, espérer qu'on vous le rende

intact et jurer comme jamais vous ne l'avez fait qu'à l'avenir vous le respecterez,

ce membre anodin et évident.

 

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Mardi 28 juillet 2009 2 28 /07 /Juil /2009 00:00

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Tendres agneaux hier,

Chiens efflanqués aujourd'hui,

Hyènes riantes et loups en meute demain.

Par yokai - Publié dans : LA LECON D'LA MAITRESSE
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Mardi 7 juillet 2009 2 07 /07 /Juil /2009 00:00

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Thomas réalise sa toute première interview pour « Parlons Zen », le Journal du Festival “Terres du son” ; Emma exécute ses tout premiers dessins d'un groupe de musique  en direct. A quelques mètres de la scène où va  se  produire le groupe belge .Balimurphy, la tension chez nos apprentis journalistes monte.. Nous sommes le 13 juin 2009, à l'Entrepôt (Paris), il est 18h.

Balimurphy est représenté par Cedric Van Caillie (chant) et Mathieu Catala (batterie)

Thomas : Pourquoi le nom « Balimurphy »?

Mathieu Catala : C'est une question qu'on nous pose très souvent. Il faut d'abord savoir que ce choix date de dix ans. On a choisi ce nom au départ parce qu'on avait une musique  fort métissée. A l'époque, on avait un violoniste très influencé par la musique irlandaise et qui  revenait de Belfast. « Balimurphy » est le nom d'un quartier très connu de Belfast, un quartier historique très important dans la résistance irlandaise. On a trouvé que le nom sonnait bien, on l'a donc adopté.

Thomas :  Au départ de Marie Warnant (ex-chanteuse du groupe partie en 2004), vous avez tout de même décidé de garder ce nom?

Cédric Van Caille :  La plupart des groupes changent de nom à des moments charnières de leur existence. Certains groupes existent ainsi depuis très longtemps, sous des noms différents. Nous n'avons jamais trouvé l'occasion d'en changer,  ou éprouver  l'envie nécessaire de le faire. Finalement, ce nom-là a été gardé depuis le début et  on s'y est  fait.

Mathieu : Dans un certain sens, c'est une question un peu à tiroirs parce qu'une des particularités de Balimurphy est de ne jamais s'arrêter. Comme disait Cédric, on n'a jamais trouvé l'opportunité de changer de nom tout simplement parce qu'on ne s'est jamais arrêté. Quand on s'est séparé de Marie, qui est partie un jeudi, le samedi suivant  il y avait un concert, Cédric a repris le chant  au pied levé.

Thomas : Ce changement a-t-il été difficile?

Cédric : Moi, j'ai toujours chanté. D'ailleurs, ça fait 22 ans que nous nous connaissons, Mathieu et moi. On s'est rencontrés dans une chorale. J' ai fait mon premier groupe de rock avec Mathieu où je chantais. Quand on a créé Balimurphy, j'avais juste envie de m'appliquer à la guitare. Et quand Marie est partie, j'étais d'accord pour reprendre le chant. On s'est pas vraiment posé la question. Donc non, ce changement n'a pas été trop difficile.

Mathieu : Ca s'est fait naturellement. Il a surtout fallu réécrire un répertoire adapté sans s'arrêter. Tout le répertoire fait avec Marie a été évacué (même si on en joue une de temps en temps.) On a créé  un répertoire beaucoup plus adapté tant au niveau des tonalités, des mélodies que surtout du point de vue des paroles.

Thomas : Pouvez-vous nous parler de votre manière de composer vos textes et les musiques?

Cédric: Je vais pouvoir vous parler des textes car ce n'est pas moi qui les écrit.  Donc, c'est beaucoup plus facile. On a la chance d'avoir deux super auteurs, Mathieu et François, qui font des textes magnifiques. En général, ils m'apportent une série  de textes que je lis et que je mets dans un tiroir. De temps en temps, je les relis et j'en trouve un qui me plaît; j'ai une mélodie qui vient dessus et j'amène la « base » c'est-à-dire un chant voix et quelques accords guitare dessus. A partir de là, tout  est possible et on le retravaille tous ensemble. C'est ce qui se passe le plus souvent. Mais, ce n'est pas codifié, ce n'est pas toujours comme ça.  Il arrive que Mathieu vienne avec une idée de chant, que François vienne avec une mélodie…. Mais ce qu'il faut surtout retenir c'est que tous les arrangements se font quasi exclusivement ensemble. C'est un travail en commun pour avoir vraiment cette identité Balimurphy.

Mathieu : Balimurphy est une espèce de machine, de moulinette. On y met un texte ou une mélodie, soit ça prend, et alors en général, ça va relativement vite, en tout cas la première ébauche, parce que des accords de guitare nous plaisent, ou parce qu'un texte nous parle, à Cédric, à tout le monde. Puis, une fois que la machine est lancée, il y une synergie qui se crée. Mais parfois, il peut arriver que ça bloque complètement, qu'on n' y arrive pas, soit parce simplement ce n'est pas le moment, soit parce que cette synergie ne se crée pas, alors qu'au départ, on a quelque chose de très valable, soit un texte soit une musique.

Cédric : Le morceau qu'on a essayé avec le trombone et la guitare électrique pendant que vous étiez là, le morceau « J'hésite » par exemple, nous a mis quatre ans… J'avais le texte chez moi depuis quatre ans..

Mathieu : … On l'avait essayé avec différents arrangements derrière, on avait essayé une chanson plus calme, une chanson plus énergique et puis ça n'avait jamais pris. Et, du jour au lendemain, les bons accords sont tombés sur les bons mots…

Cédric : Là, ça a été composé en un quart d'heure… Ca aura mis quatre ans et un quart d'heures.
(Rires)

Thomas : Différentes influences musicales comme du fado, du gipsy, de la chanson française… semblent coexister dans votre musique  Est-ce que chacun apporte ses influences?

Cédric : Non seulement,  on a tous nos influences musicales mais aussi  nos façons de jouer. Par exemple, moi je viens du classique. J'ai fait de la guitare classique très longtemps, ça se ressent très très fort dans mon jeu. François est complètement autodidacte et lui apporte des mélodies que moi, je ne pourrai jamais trouvé parce que ça ne me viendrait même pas à l'esprit. Du point de vue du jeu, on se complète assez en tout cas. En ce qui concerne les influences, on a en a beaucoup, de très différentes et on est pas du tout fermés. On écoute autant du rap, que du pop rock ou  que de la chanson française.

Mathieu
: Au début du groupe, on avait tous des influences différentes; il y en a un qui venait du heavy métal, l'autre de la pop… Après dix ans passés ensemble et d'innombrables soirées à se faire écouter des trucs en buvant des coups, à aller aux mêmes concerts,  les influences des uns sont devenues celles des autres. Aujourd'hui, on flashe sur les mêmes choses, dans les concerts, on a les mêmes coups de coeur au même moment. Alors inévitablement, quand on se retrouve à quatre et qu'on compose, on se souvient de certains arrangements dont on s'inspire… clairement.

Thomas : Chaque membre du groupe a l'air d'avoir un rôle bien défini, est-ce une recette de l'équilibre pour vous?

Mathieu : Le groupe, c'est quatre personnes à la base.

Cédric : Ceux qui sont là depuis dix ans!

Mathieu : Cédric au chant (Cédric Van Caillie : chant, guitares), Francois à la guitare (Francois Delvoye : guitares), Rodolphe à la contrebasse (Rodolphe Maquet : basse) et moi à la batterie (Mathieu Catala : batterie, cajon). Chacun a vraiment un rôle à jouer, cependant  tous le monde se mêle de tout. Ce n''est pas cloisonné. Cédric est évidement la figure de proue du groupe, c'est le chanteur, le leader en tout cas sur scène.  Pour le reste, toutes les décisions sont prises ensemble.

Cédric : C'est vraiment un groupe qui tourne exclusivement à quatre. Toutes les décisions, les directions artistiques sont prises à quatre. Les musiciens qu'il y a autour de nous et qui jouent de temps en temps avec nous - ce soir il y en a deux -  sont des musiciens qu'on a croisés par ci par là  et avec qui il y a eu un coup de foudre…

Mathieu : … Qui viennent avec leurs univers. Ca nous influence aussi, c'est sûr.

Cédric : Par exemple, le violoniste de ce soir est un violoniste de remplacement. C'est un violoniste qu'on n'a pas encore commencé à formater sur « c'est cela qu'il faut faire ».  On lui a  donné  la structure des morceaux, il voit où il doit rentrer et sortir. Entre les deux, il s' amuse….

Mathieu : On aime sa manière de jouer et son univers.

Cédric : On apprécie sa façon de jouer bien entendu,…

Thomas : Il vous arrive de jouer sur des scènes intimistes comme ce soir et de présenter des concerts presque « symphonique » avec de nombreux invités…

Cédric : On a plein de formules différentes. En fait , j'aime bien dire qu'un groupe, c' est comme n'importe quelle association, il faut des projets, des objectifs tout le temps, pour éviter de s'ennuyer, pour avancer. Donc, on essaie de se mettre  plusieurs objectifs par an, de créer plusieurs spectacles avec plein de formules différentes qu'on s'amuse à jouer en fonction des lieux et des demandes aussi. Par exemple, quand nous avons joué à Nevers, nous sommes venus avec toute la formules, les cuivres, etc… parce que c'était une demande.
Mais, on peut tout-à-fait jouer à quatre, de façon super intimiste. Et, c'est cela qui est très très gai et enrichissant. C'est pour cela  que ça varie énormément et qu'on s'ennuie  jamais.

Thomas : Comment votre musique est-elle perçue par vos compatriotes flamands?

Cédric : En Belgique, la culture est matière communautaire:  chaque communauté  s'occupe de son rayon culturel et finalement, il y a quand même un cloisonnement entre les deux malheureusement. Les moyens  sont différents et les salles sont gérées de cette façon-là. Les partenariats entre les flamands et les Flandres ne sont pas une choses naturelle. On a très peu tourné en Flandres. Depuis que le groupe existe, on a joué à Gent, à Bruxelles dans le plus gros centre culturel flamand le VK (De Vaartkapoen.) A chaque fois qu'on joue pour les flamands ou en Flandre, ça se passe très bien. Ce ne sont pas les gens qui font qu'il y a ce cloisonnement…Tourner davantage en Flandres fait partie de nos objectifs. Parce évidemment les Flamands parlent tous très bien français.  Beaucoup sont très attachés à cette langue et apprécient notamment  la chanson française festive. Il y a un tas de groupes flamands d'ailleurs qui chantent en français comme  « Zita Swoon », « Arno », ou « Vive la Fête! »… Bref, ce sont surtout des groupes flamands qui s'amusent avec le français, en passant par l'anglais, ou le flamand. C'est un joyeux mélange.

Thomas: Dans la chanson française, il y a de nombreux groupes « typiques » des villes qui les ont vu naître (Pigalle à Paris, Zebda à Toulouse, etc…). Etant natifs de Bruxelles ou de Wallonie, pensez-vous avoir une identité très belge (au travers  de vos chansons) ou au contraire une identité plus internationale?

Mathieu : Balimurphy a choisi de chanter en français, donc de restreindre son public à la langue française, quoique je dis cela mais ce n'est pas vrai, il y a plein de gens qui apprécient la chanson française sans le parler.  On est ravis d'être belges et je remarque qu'en France, les Belges ont la côte, mais nous ne le revendiquons pas dans notre musique. Bruxelles est une ville métissée. Comme tous les grandes villes, même si c'est une petite ville, il y a un quartier arabe, un quartier chinois, un quartier africain… Inévitablement,  ça influence notre musique.

Thomas : On sent un engouement certain du public pour votre musique sur scène,  prévoyez- vous une sortie en France prochainement?

Cédric : Ca ne saurait tarder. Florence Jeux qui travaille notamment pour le Festival “Terres du son”  assure notre publicité sur Tours et sa région. Des négociation sont en cours avec des distributeurs potentiels. Des gens  viennent nous voir aujourd'hui comme par exemple Zamora, maison de production et tourneur assez connu. Il y a également L'Autre Distribution qui est intéressée puis des distributeurs un petit plus  locaux.

Thomas: Oui, parce que quand même au bout de dix ans, il y a des ouvertures…

Mathieu : Il faut savoir qu'on existe depuis dix ans, mais c'est réellement la première fois qu'on fait un album vraiment personnel. Il y a eu les albums avec Marie, puis une longue période de transition. On a beaucoup changé de formules et avec cet album-ci, c'est la première fois qu'on est signé.

Cédric : En fait,  ça fait deux ans qu'on a vraiment une structure derrière nous, qui s'occupe de nous,  gère les concerts, les contrats, les tournées,  la vente du disque et produit l'album. Forcément, ça change énormément la vie et ça fait bien avancer les choses. Parce qu'il n'y a rien à faire, c'est très difficile quand on est un groupe de se vendre. C'est très délicat pour nous, on n'ose pas trop le faire….

Mathieu : Comme disait Cédric, on n'a pas changé de nom. On aurait pu sortir cet album-ci sous un autre nom; on y a d'ailleurs de nombreuses fois pensé. Cet album est en effet presque une renaissance !

Cédric : Il y a beaucoup de groupes que tout le monde connait. Les gens se disent que ce sontde nouveaux groupes.  D'une certaine façon, c'est vrai parce qu' ils ont changé de nom. Mais la plupart du temps, ce sont des groupes qui existent depuis dix ans aussi, qui ont fait mille choses différentes.

Thomas : Pourquoi avoir choisi “Terres du son” comme Festival?

Cédric : On n'a pas vraiment choisi, c'est Florence qui nous l'a proposé. Elle nous a contactés pour ce festival et nous avons accepté avec grand plaisir bien sûr. On est ravi, c'est un beau festival.

Thomas : Vous le connaissiez déjà un peu?

Cédric : La région oui, parce qu'on a été jouer à Bourges. Florence est de cette région et elle nous fait tourner. Mais, on ne connaissait pas ce festival. On s'est un peu renseigné: c'est un sacré truc. Il y a énormément de groupes, même de très gros groupes. On est très contents de partager l'affiche avec Abd Al Malik, Emilie Loizeau, Thomas Fersen…Il y a en France,  un vivier de chansons françaises, de très bons musiciens, de très bons paroliers, avec énormément d'énergie. Dans les groupes, c'est la fête. Je m'incline et je salue les artistes.

Thomas : En Belgique, il y a des groupes qui ont choisi de chanter en anglais et qui ont réussi à s'exporter en France. On  pense à Ghinzu, dEUS, Venus. Qu'est-ce qui vous a fait opter pour la langue française? L'amour de la langue française, de la littérature…?

Mathieu : Nous sommes francophones. Et même si certains groupes parlent en anglais, pour nous, c'était une certitude, nous  voulions chanter en français, s'exprimer dans notre langue maternelle tout simplement. Après à côté on fait tous d'autres projets, Cédric et Moi par exemple, on est musiciens dans un groupe qui chante en anglais. Comme disait Cédric, je ne pense pas que la langue soit un obstacle ou qu'on s'exporte plus facilement parce qu'on chante dans une langue ou dans une autre. J'ai été faire un petit tour en Europe de l'Est, il y a quelques semaines. Il y a Partout des affiches du groupe Zita Swoon ou d'autres groupes  francophones. Louise Attaque, Tarmac ou encore Noir Désir ont énormément tourné en Europe de l'Est. Nous avons été jouer à Berlin où la musique française est appréciée tant par les berlinois germanophones que par la communauté française installée là-bas.

Emma : Sur la scène internationale, de nombreux groupes intéressants semblent disparaître aussi vite qu'ils sont apparus. Quand on est un groupe de musique existe-t-il finalement une «recette » pour durer? 

Cédric : Il faut pas lâcher, c'est tout.. Ca fait dix ans qu'on n'existe et des coups durs , des creux, on en a eus beaucoup….

Mathieu : Et des traversées du désert… On ne sait jamais retrouvé autour d'une table en se demandant si on devait continuer ou pas, dans des moments où personne ne s'intéressait à nous. On a toujours tout fait à fond qu'il s'agisse d'un vrai concert ou de se produire à la buvette du coin devant trois pelés et deux tondus…

Cédric :  Honnêtement, il existe des millions de groupes…

Mathieu :  Beaucoup de groupes qui n'existaient pas vraiment,  montent  d'un coup, se retrouvant ultra plébiscités. Ces groupes sont portés par cet engouement, mais une fois cette euphorie passée, je pense qu'alors c'est la chute…

Cédric : Il y' en n'a beaucoup mais ce n'est pas une généralité.

Mathieu : Nous, on a eu à la fois la malchance et la chance d'avoir une trajectoire très progressive. Les choses se font vraiment petit à petit : on eu d'abord un premier concert en France, puis on en a eu deux, puis  quatre, ensuite on a fait un festival. On a joué d'abord à 16h, puis le festival suivant, à 19h.  Il n'y a pas eu un buzz ou tout d'un coup un single que tous le monde sait siffler, non. Tout se fait progressivement, c'est pour ça aussi que je pense que le groupe va durer.

Thomas :  Et d'ailleurs comment voyez-vous l'avenir pour Balimurphy?

Mathieu : Long!…

Cédric : Pour l'instant en tout cas, on se ne plaint pas car ça marche plutôt bien. On a beaucoup de chouettes dates…

Mathieu : Les possibilités sont nombreuses…

Cédric : Des professionnels s'intéressent de plus en plus à ce que nous faisons…Nous sommes ravis… tant qu'on s'amuse en tout cas…

Mathieu : On ne voit pas le temps passer.  On fera peut être d'autres projets à coté, mais je pense que Balimurphy est appelé à durer encore très longtemps.

Pour clore l'interview nous avons proposé de faire un petit portait chinois de Cédric et Matthieu qui ce sont plutôt bien prêté au jeu :

Si vous étiez une BD ?

Cédric :                                                              Mathieu :

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Si vous étiez un personnage célèbre ?

Cédric :                                                              Mathieu :

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Si vous étiez un instrument de musique ?

Cédric :                                                              Mathieu :

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Si vous étiez un souvenir ?

Cédric : Le concert à Villers-la-Ville (Belgique) un concert magique qui nous à fait décollé auprès de 3000 personnes, du délire, des instants incroyable qui se sont passé à ce moment là, un concert qui nous à permis d'arriver ou nous sommes maintenant!

villerslaville.jpg                      larochelle.jpg

                                                                                                                      Mathieu : Une tournée qu'on n'a fait à La Rochelle, très déterminante pour un moment clé de notre carrière.

Si vous étiez un plat régional ?

Cédric : Un Stoemp Saucisse (une spécialité bruxelloise)             Mathieu : Une Fondue Savoyarde

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Par yokai - Publié dans : LA BOUM
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Dimanche 7 juin 2009 7 07 /06 /Juin /2009 00:00

 La nuit mutante

Chaque nouveau pas dans sa vie s'ouvrait sur une impression vertigineuse de vide, un sentiment d'effroi qui la happait. Ses nuits se peuplaient alors de spectres à têtes boursouflées. Elle se réveillait dans une chambre obscure avec près de son lit, penchée au dessus de son corps l'être sombre à groin de cochon. Il fallait avancer et avancer encore avec dans le bide cet incessant gargouillis de terreur et d'excitation. Avec à l'esprit, l'idée fixe d'une imminente chute sans fin dans un puits d'idées, de réflexions plus ou moins cohérentes.

La peur la torturait, lui liait la langue mais développait en elle des capacités insoupçonnées. Peu à peu, elle acquit la conviction qu'elle se métamorphosait. Ses mains étaient plus agiles, son cerveau plus vif, ses facultés d'adaptation au milieu plus élargies, sa compréhension du monde et du genre humain plus réelle. Peu à peu, elle acquit la conviction de devenir un être nouveau, d'un genre inconnu, une sorte de bête à venir… Elle se changeait en un être informe , au corps transparent, une sorte d'apparition , un passe-muraille à la volonté terrible…

Chaque nouveau réveil la trouvait plus petite, biscornue, et vide. La lumière pénétrait doucement dans la chambre, par morceaux, comme en lutte avec des ténèbres tangibles. Puis elle se levait, chaussait ses pantoufles et entrait dans son atelier.


Par yokai - Publié dans : LECTURES
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Jeudi 15 janvier 2009 4 15 /01 /Jan /2009 00:00

 

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Connaissez-vous Benoît Jacques? C'est un auteur de livres pour la Jeunesse qui a la particularité d'auto-éditer une grande partie de ses livres, il réalise  notamment des livres précieux et des flip-books très sympas et occupe une place singulière dans l'édition jeunesse.

Il a également travaillé pour certains éditeurs comme Albin Michel ou L'école des loisirs.

 

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Cliquez sur le roman pour accéder à son site

 

J'avais beaucoup aimé Je te tiens, un beau livre en noir et blanc qui avait été offert à tous les enfants de crèches de la Seine-Saint-Denis il y a quelques années. Il mettait en scène deux personnages, un petit malin et un gros pas très intelligent et un peu méchant qui jouaient à “Je te tiens”. Vous savez le jeu où deux enfants l'un en face de l'autre se tiennent par le menton en chantant “je te tiens, tu me tiens par la barbichette…” le but du jeu étant de ne surtout pas rire. Dans l'histoire, le gros et le petit finissent par en venir… aux mains… C'est jubilatoire (non je n'encourage pas la violence, mais quand même, on se marre bien !)

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(Cliquez sur les bonshommes pour lire une critique de cet album)

 

Cette année, le dernier album de Benoît Jacques, La nuit du visiteur, a reçu le prix Baobab du Salon du livre et de la presse de jeunesse de Montreuil, une véritable consécration. Et c'est bien mérité, cet album illustré en trichromie est un vrai régal pour les yeux, les oreilles, les yeux et les oreilles… Il raconte en rimes, comment une grand-mère sourde comme un pot (on se demande d'ailleurs si elle ne le fait pas un peu exprès) aura raison d'un loup venu la dévorer (on connait la chanson.) Notre loup aura beau user et abuser de ruses rhétoriques et de déguisements, il se cassera les dents contre le “mur de la surdité”…

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On rit de l'air faussement niais de la Grand-mère. On apprécie les différentes métamorphoses graphiques du loup. On y voit peut-être un passage en revue de diverses créatures de cauchemars(symboliques?)On apprécie le choix et l'alternance du blanc, du rouge et du noir, qui dynamise un récit à priori plus long que '”la normale”. On remarque aussi le jeu de cadrages en inversion qui fait monter la tension et participe à la dramatisation de l'histoire. Et surtout, on s'amuse comme des fous à lire l'histoire à haute voix car on peut enfin hurler, chuchoter, jouer avec sa voix et les mots… Mais là, je vous en ai trop dit…

Ecoutez ici  Benoît Jacques parler de son livre et de son travail…

Et le titre ? La nuit du visiteur ferait-elle écho au film La nuit du chasseur, récit sombre et cruel dans lequel R. Mitchum, en chasseur implacable, traque deux petits fuyards pendant toute une nuit… (Je vais mener l'enquête.)

 

Feuilletez-le en bibliothèque, zieutez-le à la Fnac, lisez-le par dessus l'épaule de quelqu'un dans le métro, mais surtout laissez votre curiosité partir à la découverte de ce délicieux album !

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Par yokai - Publié dans : LIVRE/BD/MANGA
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Jeudi 15 janvier 2009 4 15 /01 /Jan /2009 00:00

Par yokai - Publié dans : GROSSES COLERES
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Dimanche 4 janvier 2009 7 04 /01 /Jan /2009 00:00

Pendant une dizaine de jours, j'ai pris les même lignes de métro et de RER pour me rendre à une formation en banlieue parisienne. Prendre les transports à 7h00, à 7h30 ou à 8h00, c'est participer aux flux abrutissants de voyageurs. J'ai rencontré les mêmes visages pendants plusieurs jours. Des visages qui m'ont certainement reconnue. Pas de liens entre nous pour autant. Une chose m'a frappée: le nombre toujours grandissant des dormeurs. J'ai voulu en parler…

 

“Blanc puis bleu”

Trois agents de la RATP s'amènent. Blanc puis bleu.

Le vagabond avec toute sa vie autour de lui se retient au Selecta. Debout dans son pantalon trop large, il fait face  aux visages aux yeux mouillés. Des traînées par centaines, des traînées sales laissées  par le temps passé la face contre terre, lui font des rides irrégulières sur son visage au teint de vieux papier journal. Ses mains  zébrées de lignes fines décrivent un destin compliqué. Mais cette main est fière. Quand il s'explique, il les agite et on voit leurs ongles jaunes et noirs. Les mots qui viennent jusqu'à ses lèvres sortent en pluie, en torrent, en cascade. Il veut qu'on sache qui il est, pourquoi il est là et où il va avec ses dix-huit sacs et ses trois manteaux de laine, qu'il porte les uns sur les autres.

Il se fout d'être sale, il ne connait pas la “propreté” de Paris. Il est le ventre- égout de Paris. L'odeur de sa peau est celle des trains qui passent par dizaine à la minute, des papiers gras des sandwichs jetés dans la poubelle près de laquelle il s'est couché et du vomi que répand le voisin clochard les nuits d'orgies. La femme en bleu blanc, essaie de garder sa compassion en respirant par la bouche.

La vermine, il la côtoie tous les jours. La vermine s'est posée près de sa couche. Partout des rats gros comme des chats; des milliers de cafards grouillent et font dans son sac comme un rembourrage mouvant, dans ses pulls les amis cloportes, toujours là, en avance pour ramasser les restes. Le vagabond ne sait s'ils attendent qu'il passe l'arme à gauche, peut-être sent-il déjà la mort? Il se demande lesquels des puces, des poux ou des vers le becquetteront en premier et ça le fait rire, toutes ses bestioles qui s'affolent sur son corps le soir.

Le cacher, les hommes de la RATP aimeraient le cacher, lui, le vagabond du métro qui pue et qui se marre, la gueule ouverte. Ca fait longtemps que sa fierté s'est faite la malle. Les regards des agents assermentés (de ça, il n'en est pas certain) glissent sur lui comme l'eau qu'on lui jette avec pitié pour qu'il se lave. Mais,il ne saurait par où commencer pour retrouver une figure humaine.

Tout est calme, le blanc-bleu fait place au bleu outremer, bleu colère, plus sévère, armé. Bleu matraque, bleu empoignade et bleu cris.

Le vagabond a pris la fuite, a laissé toute sa couche sur le quai du métro, qui fait une tache sombre aux contours flous.

Encore un microbe balayé, pointé du doigt, regardé de haut, dehors, dehors, dehors.

 

“Oscar et Balthazar”

Oscar et Balthazar sont assis sur un banc. Oscar a faim et pense avec douleur au lendemain. Demain, la faim sera plus vivace, plus féroce. Balthazar a soif. Son corps imbibé d'alcool ne réagit plus, l'eau passe au travers et s'en va. L'eau qui coule du robinet encastré dans le mur du tunnel du métro ne le désaltère pas.

Oscar et Balthazar sont assis parmi des dizaines de sacs crasseux comme leur trogne. Balthazar a emporté des objets de son ancienne vie: des habits  d'homme très sérieux, des ustensiles de cuisine de grand chef cuisinier et les produits de la beauté de son ex-femme. Oscar a vidé dans les trois poches géantes  de son pardessus les livres-amis: Montherlant discute avec Montesquieu, Racine danse la gigue avec Yourcenar et Nothomb fait quelque pas de côté dans la poche intérieure de son imperméable mangé aux mites. Il y a dans un petit sac en cuir des crayons pour des cahiers fantômes et des albums-photos aux yeux vides.

Oscar et Balthazar aimeraient aller au square, manger de l'herbe, boire le vent, marcher les pieds nus et frais sur la pierre en chantant. Mais Balthazar et Oscar sont assis sur un banc. Seul l' oeil, même rougi, même cerné et baveux, vit. Il suit en se moquant, la valse des pieds des passants qui ne se lassent pas de passer et de repasser devant eux sans les voir. Normal, ils font partis du décor, ils sont les corps-affiches.

Mourir ne suffirait pas à faire disparaitre la peine que je lis sur les visages de plus en plus nombreux qu'on soit clochard, ou bien heureux smicard dans sa grande HLM louée au rabais.

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Par yokai - Publié dans : LECTURES
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